Une grève suivie chez les enseignants…

Jody Horcholle

51 % de grévistes selon le ministère et 65 % selon les syndicats. Il faut remonter à 2003 pour constater une participation aussi massive à une grève chez les enseignants.

Il existe plusieurs explications à cette journée de mobilisation très réussie pour les fonctionnaires de l’Éducation Nationale.

  1. Une perte du pouvoir d’achat

Entre 1981 et 2004, les professeurs de collège et lycées et les universitaires ont perdu en moyenne 20 % de leur pouvoir d’achat, tandis que les professeurs des écoles en perdaient 9 %.

Entre 2000 et 2010 le pouvoir d’achat des enseignants français a baissé de près de 10% (source OCDE).

En moyenne, dans l’OCDE les professeurs des autres pays ont été augmentés de près de 20% sur cette période. Les enseignants français restent donc parmi les moins bien payés dans les pays de l’OCDE au niveau de pays comme la Grèce ou la Slovénie (où le niveau de vie général est bien moins élevé).

Depuis 2010, avec le gel du point d’indice la perte du pouvoir d’achat continu, soit une nouvelle perte de 10 %.

Dans le milieu des années 1980, le salaire d’un professeur débutant représentait l’équivalent de 2 SMIC. Aujourd’hui, il correspond à l’équivalent de 1,2 SMIC, soit environ 1450 €.

  1. Les disparités de rémunération dans la fonction publique

Les grilles indiciaires sont assez proches selon le niveau de recrutement dans la fonction publique. Toutefois, les écarts de rémunération mensuelle sont importants. Cela s’explique par les indemnités  perçues par les fonctionnaires hors enseignants.

Les primes peuvent représenter dans la fonction publique, en fait essentiellement les indemnités, pratiquement 30 % du traitement des fonctionnaires. Or, les primes pour les enseignants atteignent rarement les 10 %. Les plus mal lotis sont les professeurs des écoles.

Ainsi, certains fonctionnaires recrutés au niveau BAC peuvent percevoir un traitement plus élevé sur l’ensemble de leur carrière qu’un enseignant recruté à BAC + 5.

Depuis les dernières élections présidentielles, le gel d’indice a été maintenu. Les enseignants n’ont pas bénéficié de mesures pour augmenter leur pouvoir d’achat. En effet, tous les professeurs ne peuvent effectuer des heures supplémentaires, notamment les enseignants en école maternelle ou élémentaire.
Le report du PPCR à l’arrivée de la nouvelle majorité a différé la revalorisation des carrières. L’augmentation de 30 € promise pour 2020 correspond à celle négociée par le ministre précédent. Il faut ajouter que depuis 2016 les cotisations retraite augmentent en février. Les réformes des retraites Sarkozy (2010) et Hollande (2012), prévoient une augmentation du taux de retenue pour pension civile jusqu’en 2020 pour atteindre le niveau de cotisation des salariés du privé (environ 11 %). Ainsi, l’augmentation de janvier de 2020 compensera à peine la hausse des cotisations retraite prévue en février.

Le budget de l’Education Nationale progresse sans pour autant améliorer le sort du traitement des enseignants. La hausse du budget s’explique par la hausse des pensions, avec de nombreux départs en retraite, l’augmentation des charges sociales.

  1. Les inquiétudes sur la réforme du système de retraite

Dans le système actuel, une personne née en 1973 doit cotiser 172 trimestres pour avoir une pension à taux plein.

Un professeur partant à la retraite à 64 ans peut espérer percevoir 2365 € actuellement en ayant cotisé 168 trimestres. Après la réforme, le montant s’élève à 1601 €

Un professeur partant à la retraite à 62 ans peut espérer percevoir 2015 € actuellement en ayant cotisé 160 trimestres. Après la réforme, le montant s’élève à 1350 €

La perte serait de 700 € par mois. Selon d’autres projections elle pourrait s’élever à 900 € par mois.

Actuellement, pour devenir enseignant il faut posséder un BAC + 5, obtenir un concours et réaliser un an de stage. Avec le bac à 18 ans, 5 ans d’études et 42 ans de travail, l’âge de la retraite au plus tôt est à 65 ans. Il n’est pas rare de passer plus de 5 ans en étude et de ne pas obtenir un travail directement après avoir terminé ses études. Il est aussi possible de consacrer un an à la préparation des concours. Ainsi, il semble difficile de pouvoir espérer partir à la retraite à l’âge de 64 ans. Il est plus probable de pouvoir partir à la retraite en ayant tous les trimestres à l’âge de 65, 66 ou 67 ans.

  1. Un possible allongement du temps de travail pour les enseignants

Les idées mises en avant sont l’annualisation du temps de travail, la réduction du temps des vacances scolaires, les primes individuelles.

Avec la détérioration des conditions de travail, l’augmentation du travail n’est pas une solution envisageable pour les enseignants. Les primes individuelles soumises à des critères de performances  ne représentent pas une solution acceptable pour les professeurs.

Il parait également difficile de remettre en cause le contrat social passé entre l’État et les fonctionnaires. En effet, à leur recrutement les enseignants acceptent un salaire peu élevé. C’est à partir du milieu de leur carrière que leur rémunération évolue. En contrepartie de la faiblesse de leurs traitements les enseignants espéraient pouvoir compter sur une retraite correcte. Aujourd’hui, l’État semble vouloir rompre ce contrat.

  1. La détérioration des conditions de travail.

L’école est le reflet de la société avec de plus en plus d’incivilités. Les classes parfois surchargées accueillent des publics de plus en plus difficiles. De plus en plus de parents oublient d’éduquer leurs enfants et pensent que c’est le rôle de l’Éducation Nationale. De nombreux parents soutiennent leurs enfants plutôt que les enseignants en remettant en cause bien souvent leur autorité.

Les missions de l’enseignant se multiplient. Le temps de travail s’en trouve allongé.

La réforme du baccalauréat, la co-intervention, la mise en place du chef d’œuvre n’a pas remporté l’adhésion de tous les enseignants.

Ce mécontentement se constate également par une perte d’attractivité du métier.

Le nombre de postes offerts aux concours est équivalent à celui de l’année précédente, sauf pour le premier degré où il est en baisse. En revanche, le nombre de candidats inscrits aux concours est en baisse entre 8 et 20 % selon les concours. En 2019, c’est 1400 postes qui n’ont pas été pourvus. Le recrutement des professeurs connait une crise sans précédent en 2019.