Évaluation provisoire des 80 km/h

Jody Horcholle

Le rapport se trouve ici

Résumé du bilan provisoire du comité indépendant de l’évaluation des 80 km/h

L’évaluation se base sur les chiffres de 2017. Le nombre de victimes du à des vitesses excessives ou non appropriées aux circonstances, sur les routes concernées par la baisse de la limitation de vitesse, s’élève à 530.

L’abaissement de 10 km/h, doit entraîner une baisse moyenne de 4 km/h. Ainsi, la vitesse moyenne passe de 82 à 78 km/h.

Le temps de transport a augmenté de 5 %. La perte du temps associé à cette baisse de la vitesse correspond soit à une diminution du temps de travail, soit à une diminution du temps de loisirs.

Le coût lié à la baisse de vitesse, représente le temps perdu par les professionnels de la route soit 300.000 millions d’heures (200.000 années de travail). La valeur officielle du temps de transport s’élève à 14,40 €. Soit un coût de 4,4 milliards.

Les gains en termes de vie humaine sont incertains. La formule de Nilsson est discutable. Appliquées aux 530 tués, elle fait apparaître une baisse de 100 décès.
Le prix des vies sauvées et blessés épargnés s’élève à 600 millions. La baisse de consommation et de pollution est estimée à 4 millions d’euros.

La consommation de carburant d’une voiture est très élevée à une vitesse faible et elle décline lorsque la vitesse augmente.

La mesure étudiée diminue la consommation de carburant de 0,001 L/km, ou si l’on préfère de 1,8 %.

La baisse du coûté économique s’élève à 156 millions. La baisse du coût fiscal s’élève à 194 millions d’euros. La baisse du coût fiscal est une perte pour les finances publiques.

La diminution de 318 millions de litres de carburant induit donc une diminution de 795 millions de kg de CO2, soit 795 000 tonnes de CO2. Ce chiffre représente 0,2 % des rejets de CO2 de la France. Il est difficile de voir là une justification majeure d’une mesure qui coûte 4,4 milliards d’euros.

Le bilan des gains et des coûts est largement négatif : – 4400 + 600 = – 3800 M, soit un coût net de 3,8 milliards d’euros par an. On note que ce coût est principalement supporté par les zones pauvres rurales.

Total des bénéfices : 744 millions d’euros

Total des coûts : 4.627 millions d’euros

Coût moins bénéfice : 3.711 millions d’euros.

Quelques précisions à ajouter. La vitesse est le 4ème facteur d’accident. Elle est présente dans 27 % des accidents, mais ce n’est pas forcément la cause principale. Ainsi dans 73 % des cas la vitesse n’aura aucun impact sur les autres accidents.

L’Etude de Nilsson peut donner des résultats qui ne reflètent pas la réalité. Parfois, la baisse de vitesse peut entraîner un nombre de décès bien moins importants que celui prévu, au contraire celui-ci peut être aussi dans certains cas plus élevés.

L’application de la formule de Nilsson peut révéler une certaine incongruité. L’application de cette formule à l’ensemble des morts conduit à une absurdité. Une diminution de la vitesse maximale autorisée de 90 à 70 km/h, envisageable et envisagée, abaisserait la moyenne de 8 km/h, soit une vitesse de 82 à 74 km/h et réduire selon cette formule le nombre de morts de 595 unités. Cette réduction éliminerait tous les décès (530) imputables à la vitesse et même 65 de plus par on ne sait quel phénomène de résurrection.

Il est donc raisonnable de n’appliquer la formule de Nilsson qu’aux seuls décès imputés à la vitesse. Cela représente une économie de 96 vies épargnées.

La valeur statistique du mort en France est de 3.3 millions d’euros.

La formule de Nilsson dans la prise en compte du nombre de blessés graves donne également des chiffres peu probables. Le nombre de blessés graves serait plus élevé que le nombre d’accidents.

Les enseignements à tirer :
Un coût important à cause du temps perdu

Les économies de carburants sont peu importantes

Les gains relatifs au CO2 économisés sont dérisoires

Des vies sauvées et des blessés épargnés dont le nombre est bien moins élevé que celui espéré.

Les coûts sociaux sont beaucoup plus élevés que les bénéfices sociaux. Beaucoup veut dire ici environ 5 fois plus. La mesure échoue au test d’évaluation socio-économique. Elle coûte à la France presque 4 milliards d’euros.

Ce coût est probablement supporté par les territoires pauvres, c’est-à-dire les zones rurales.